Le Revers de la Médaille

Elles représentent la vie comme il se doit, les familles avec deux enfants ou plus. Tandis qu’on tire à boulet rouge sur les couples avec un seul enfant, elles semblent impeccables, au-dessus de toute reproche. Mais le sont-elles réellement… ?

 

« Famille nombreuse, famille heureuse » - ce n’est pas si facile comme ça ! Jetons un regard derrière les illusions populaires et abordons la question ce qui est bien pour un enfant d’un tout nouvel angle. Pas pour retourner les jugements cruels, mais pour dévoiler une réalité devant laquelle on s'obstine à fermer les yeux.

 

Les couples qui attendent un 2ème enfant se flattent de « donner un petit frère ou une petite sœur » à leur premier. Ils présentent ce choix comme un acte de bonté envers l’enfant, le frère comme un cadeau, essentiel à sa vie et à son bien-être, à la propre construction de son caractère. Lui seul ? Impensable ! Ce serait un amputé, il lui faut presque physiquement ce frère/cette sœur pour être complet, ouvert aux plaisirs de la vie. Une telle mentalité, ça affaiblit un enfant, lui inculque la dépendance des autres. Puisque sans compagnie, quelle tristesse, ça n'a aucune valeur – voilà le message transféré. Et c'est pourquoi tant de gens sont incapables d'imaginer qu'on puisse se porter bien en solo, en tant qu'enfant unique. Ils n'ont jamais appris d'être autonomes, d'apprécier les petits moments à soi, de gérer voire bénéficier de la solitude. Non, ils désespèrent dès qu'ils se retrouvent seuls dans une pièce, qu'il n'y a personne à adresser la parole.

 

La norme sociale pousse des couples à hasarder leur équilibre, la santé de la mère, la stabilité conjugale, pour correspondre à un image hypocrite. Pour être des parents responsables dans le sens commun. Après tout, un deuxième, c’est normal, on ne peut pas faire autrement. Rester à un seul enfant ? Impossible, ça fait tache. Toutes les hantises viennent à l’esprit, les idées reliées à « l’enfant unique ». Alors, hop, du courage, on sera une vraie famille ! Une décision qui coûte souvent des efforts.

Ca ne vaut pas la peine, un enfant mal assumé, c’est pas la joie. Les gosses sont à deux maintenant, trop petits car, vu l'écart d'âge, il ne faut pas attendre – mais on déborde. Le premier-né, il le ressent, pourquoi maman est-elle tout à coup lassée, souvent en colère ? Il songe à la tendresse, à l'affection qu'elle lui portait. Cet enfant, il a transformé pendant quelques mois, déjà pendant la grossesse. Il était l'étoile, le trésor pour maman et papa, maintenant il n'est qu'un marmot dans leurs pattes, un facteur agaçant dans un quotidien chargé. Sa présence, ses rires, ses petits pas ne font plus plaisir. C’est la manière dont il profite de la « responsabilité » de ses parents. Et le bébé, quel rôle joue-t-il ? Venu au monde pour voler à un autre enfant son statut unique. Cause du stress, une chose à gérer. Les parents, ils se réjouissent des félicitations de l’entourage, mais au fond… on n’est pas heureux et ne sait pas rendre ses enfants heureux. Ils braillent dans les magasins, on hurle pour couvrir leurs pleurs. Maman les traîne derrière elle, sans regarder. On a choisi, mais ce n’est pas facile. Si possible, on s’enfuit de leur univers, on les habitue à faire tout en collectif parce que c’est moins de travail.

 

Niveau financier, certains préfèrent apparemment vivoter à vivre. Enfin, c’est honorable, on est prêts aux sacrifices pour l’amour d’un autre enfant ! Mais les enfants ne vivent pas de l’eau fraîche non plus. Les sacrifices, on les impose également à ces petits êtres humains qui ne l’ont pas (et ne l’auraient jamais) choisi. Une enfance à l’étroite, tant de rêves irréalisables pour de raisons économiques, même les besoins fondamentaux coûtent parfois trop cher. On romantise les familles nombreuses : « ah, le vrai bonheur, l’amour multiplié par x ! », tant d'amour apporté par la fratrie. Mais l’envers du décor, c’est la galère : on se bataille pour les miettes, est morose parce que l’argent ne suffit jamais, on se contente des vêtements d’occasion, des vieux trucs de l’aîné… brrr, on se prive. Souvent, l’amour ne se fait pas tellement ressentir. On voit ses parents tracassés, épuisés après le boulot. « Ah, ces braves gens, ils bossent pour la famille ! » Mais les petits aussi, ils bossent, à leur façon. C’est donc un deuxième, troisième... aux frais de l’enfant déjà présent ??

Il est douteux que le frère ou la sœur vaille les difficultés qu’il cause souvent à un enfant. Ce cadeau, l’aîné le paye cher. Si un couple donne la priorité sur une fratrie, c’est leur choix. Mais ça ne les autorise en aucune manière de dénigrer les autres qui pensent differémment, qui tiennent à des valeurs opposées, qui envisagent un autre genre de vie pour eux-mêmes et pour leur enfant. Ils font preuve du courage en résistant à la pression sociale. Ils sont responsables, en s’occupant de leur enfant. Ils le croient capable, lui font confiance, le voient comme une personne autonome.

 

Une vérité douloureuse pour certains. On n’en veut rien savoir, veut l’étouffer dans l’œuf. Les autres sont coupables lorsque ça marche pas trop bien avec les gosses. Ceux qui baignent dans le fric, qui se promènent avec ce mioche gâté à la main. C’est normal de les taxer, une minorité à laquelle on dégoûte véritablement la vie – tout en glorifiant ses propres peines. « Diviser l’attention, c’est bien pour les enfants - sinon on les gâte, pourrit, étouffe ! » Ca remonte le moral. « Notre premier n’est plus seul ». Mais quand un enfant est-il seul ? A la main de ses parents, sans frères et sœurs ? Ou entouré des derniers, mais délaissé par les parents ?

 

La logique habituelle souligne l’importance d’un « milieu d’enfants », fourni par au moins un frère ou une sœur. Mais jusqu’à quel degré est-ce salutaire ? Nombre de parents abandonnent leurs petits à la fratrie pour ne pas être dérangés, pour vaquer à leurs autres obligations : « Pas besoin de m’en occuper, ils sont à deux/trois/quatre… ! » Très stressants, un vrai poids, quand on en a marre n'importe – pourquoi de parents si les gosses ont frères et sœurs ? Avec une attitude pareille (qui semble très répandue) on a beau faire plein d'enfants sans s’en soucier. L’image populaire : Ils règlent leurs affaires entre eux, s'entraident, profitent l’un de l’autre... Mais le revers ? C’est qu’ils sont livrés aux méchancetés, aux jalousies, à leur propre immaturité. Le plus fort devient le chef de meute, ce qui compte c’est s'imposer et se battre, d’autres qualités sont supprimées, dévalorisées. Les bagarres provoquent des agressions qui veulent être défoulées ailleurs : en classe, parmi les copains. Surtout les caractères calmes ont à supporter des frustrations inutiles à cause de la fratrie qui « donne à l'enfant sa personnalité ». Au contraire, elle la déforme !

C’est uniquement la présence des parents qui instaure un climat de sécurité. Maman et papa portent à l’enfant un amour inconditionnel, la patience, la compréhension dont il a besoin pour s’épanouir. Mais plus nombreuse la famille, plus le lien frère-sœur est une substitution pour le manque d'attention parentale. Manque ? Oui, il y a des manques parfois considérables dans les familles avec plusieurs enfants. La responsabilité en tant que parent, c’est aimer ses enfants, s’en occuper, les fortifier…. Les laisser pleurer et se battre seuls, c’est les exposer aux situations fragilisant leur amour-propre. Pas un bon fondement pour la construction de la personnalité.

 

L’enfant unique, on réplique, est fait un « petit adulte », seul entre deux vieux. Mais qu’est-ce qui arrive à l’aîné qui est prématurément privé du soutien et de l’attention maternels après la naissance du petit deuxième ? Qui doit être « grand » bien qu’il n’ait que 2 ou 3 ans ? Qui est censé se débrouiller seul pendant que sa mère est réclamée par le bébé ? Et même prendre en charge la petite sœurette, pour soulager maman ? « L'aîné perfectionniste, toujours responsable »… ça, n'est-ce pas le petit adulte ?? Les enfants uniques, ils reçoivent le temps et l'attention qu'il leur faut pour mûrir, ils ne sont ni poussés ni négligés. Ils n’ont pas à assumer un rôle qui les dépasse, des responsabilités inadaptées à leur âge.

 

La fratrie apprend la tolérance – mais pourquoi s’arrête-t-elle devant les personnes sans frères-sœurs ? Là on constate une vraie barbarie dans les propos de ces altruistes. Ils trouvent tout naturel de vouloir imposer leur vue simpliste à tout le monde parce que c’est juste, c’est sain. N’est-ce pas un esprit borné ? Une erreur qui se traduit partout dans la vie : Si la fratrie guérissait les défauts de caractère, il n’y aurait ni de guerres ni de souffrances dans le monde.

 

 

Les souffrances – on les croit propre à l’enfant unique. A lui, elles sont littéralement imposées, il est encouragé à se plaindre des nullités. Les enfants des familles moyennes, par contre, ils ont été inculqués d'être ravis de leur tribus, d’approuver tout, d’estimer leurs frères-sœurs comme un cadeau, de ravaler les ennuis sans en faire un grand cas… C’est la vie familiale, ça fait des dents !

Cependant, elles existent, les peines dans la famille normbreuse. Pour tous les membres. Entre frères et sœurs, on se casse les pieds et on en a marre. On veut passer plus de temps exclusif avec maman ou papa, causer, discuter ses problèmes sans que l’autre débarque. La permanente compétition, c’est frustrant. qu’on vaut moins que l’autre. Côté matériel, ça tue de se crever pour avoir quelque chose, de tenir de longues discussions pour finir par entendre « non ». Quel enfant de fratrie n'a jamais éprouvé des sentiments, des désirs pareils, tout en secret ? Et envié aux enfants uniques leur statut privilégié, libre de telles corvées, leur accès facile aux trésors si précieux ? Et voilà nous sommes arrivés au vif, peut-être aux racines des jugements ?

 

 

Quoi qu’il en soit : Partant de cette réalité, on montre du doigt les couples avec enfant unique. On s’indigne, on les accuse, les presse à mettre le deuxième en route. « Pensez à votre premier !! » Ah, vraiment… ? Ou est-ce pour que cette famille traverse les mêmes chagrins que soi-même ? Ils n’y sont pas enclins ?? « Bah, c’est égoïste ! »

 

Enfin qu’est-ce que c’est, égoïste ? N’est-ce pas faire un second enfant quoi qu’il coûte au premier ? Lui imposer les circonstances tracées, pour une conscience en repos, pour plaire à l’entourage ? Mettre au monde un enfant mal assumé, même à contre-cœur ?

Les parents de plusieurs se plaisent à faire la morale à ceux qui refusent de suivre leur exemple. Ils attaquent, ils déraillent et ne supportent nulle critique eux-mêmes. Mais ils la méritent, en raison de leur impertinence et… leurs propres choix. Beaucoup crieront haro après cette lecture. Mais ils ont forcé la dose. Au lieu d’être mortifié, il vaudrait mieux réfléchir et mettre en question son propre comportement !

 

*Famille normbreuse : terme collectif pour les familles normales (2 enfants) et nombreuses (à partir de 3).


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